Le premier pilier de l’Impact Score évalue comment votre entreprise limite ses impacts négatifs – sociaux et écologiques. Découvrez les 8 dimensions à maîtriser pour progresser concrètement.
Introduction
Quand on parle d’entreprise engagée, le premier réflexe est souvent de regarder ce qu’elle fait de bien. Ses projets, ses partenariats, sa mission. C’est légitime – mais c’est incomplet.
Avant de générer de l’impact positif, il y a une étape préalable souvent sous-estimée : limiter ce qu’on génère de négatif. C’est exactement ce que mesure le premier pilier de l’Impact Score – un référentiel développé par le Mouvement Impact France et utilisé par des milliers d’entreprises, associations et coopératives en France.
Ce pilier représente un tiers de la note totale. Il couvre deux grands territoires : l’impact social et l’impact écologique. Chacun évalué sur 4 dimensions précises. Voici ce qu’il évalue – et comment progresser concrètement.
Pourquoi « limiter les impacts négatifs » avant tout ?
La logique est simple. Une entreprise qui développe une stratégie d’impact ambitieuse tout en générant des impacts négatifs non maîtrisés produit une contradiction. Clients, investisseurs, collectivités – ils le voient.
À l’inverse, une entreprise qui sait précisément ce qu’elle génère comme externalités négatives, qui les mesure et qui les réduit activement, pose des bases solides. Elle crédibilise tout le reste de sa démarche.
Limiter ses impacts négatifs, ce n’est pas être parfait. C’est être honnête et progresser. C’est aussi, de plus en plus, une question de survie économique : les réglementations se resserrent, les exigences des donneurs d’ordre augmentent, et les investisseurs intègrent systématiquement ces critères dans leurs décisions.
Impact social : les 4 dimensions évaluées
1. Inclusion de travailleurs éloignés de l’emploi
L’Impact Score évalue si l’entreprise fait une place active aux personnes qui ont du mal à accéder au marché du travail : personnes en situation de handicap, bénéficiaires de minima sociaux, personnes sans qualification, ex-détenus.
Ce n’est pas uniquement une question de quota. C’est une question de politique RH consciente – d’accès à l’emploi pensé comme levier d’inclusion réelle. Une entreprise qui noue des partenariats avec des ESAT, des structures d’insertion par l’activité économique, ou qui adapte ses processus de recrutement va bien au-delà des obligations légales.
Ce qui est évalué : la part de salariés issus de publics éloignés de l’emploi, les partenariats avec des structures d’insertion, les pratiques de recrutement inclusif, l’adaptation des postes de travail.
2. Soutien des publics fragiles
Au-delà des collaborateurs, l’entreprise interagit avec des clients, des bénéficiaires, des communautés. Le pilier évalue si certaines de ces interactions concernent des publics fragiles – personnes âgées, personnes en situation de précarité, personnes isolées, populations sous-bancarisées.
Ce qui est évalué ne se limite pas à l’intention : l’activité de l’entreprise crée-t-elle réellement de la valeur pour ces publics ? Les tarifs, l’accessibilité physique et numérique, les modalités d’accompagnement – tout compte. Une tarification solidaire, des offres adaptées, un accompagnement humain renforcé : ce sont autant de preuves concrètes.
Ce qui est évalué : part du chiffre d’affaires générée par des publics fragiles, existence de tarifs adaptés, dispositifs d’accompagnement spécifiques.
3. Égalité femmes-hommes
L’égalité professionnelle reste un chantier ouvert dans la quasi-totalité des secteurs. L’Impact Score évalue les écarts de rémunération, l’accès aux postes de direction, les politiques de parentalité, les dispositifs de lutte contre le harcèlement, mais aussi les représentations véhiculées en externe – dans les communications, les offres d’emploi, les visuels.
Une politique d’égalité professionnelle sérieuse ne s’improvise pas. Elle se structure, se mesure et s’améliore dans le temps. L’index égalité professionnelle est un point de départ – pas une fin en soi.
Ce qui est évalué : l’index égalité professionnelle, les politiques internes documentées, les engagements concrets et traçables – pas uniquement les déclarations d’intention.
4. Intégration des jeunes et des seniors
Deux tranches d’âge souvent fragilisées sur le marché du travail. Les jeunes peinent à trouver leur premier emploi stable. Les seniors font face à des ruptures de carrière prématurées. L’entreprise favorise-t-elle l’alternance, les stages, les premiers emplois ? Met-elle en place des dispositifs de transmission des savoirs, de tutorat, de maintien dans l’emploi des seniors ?
Ces politiques ont un double bénéfice : elles renforcent le tissu social local et elles enrichissent l’entreprise de compétences et d’expériences complémentaires.
Ce qui est évalué : la part de jeunes et seniors dans les effectifs, les politiques d’embauche et de fidélisation par tranche d’âge, l’existence de dispositifs de tutorat et de transmission.
Impact écologique : les 4 dimensions évaluées
1. Mesure de l’empreinte carbone
On ne réduit pas ce qu’on ne mesure pas. Le premier pas sur l’impact écologique, c’est de savoir où on en est. Bilan GES, Scope 1, 2, 3 – l’Impact Score évalue si l’entreprise a déjà réalisé cet exercice. Trop d’entreprises engagées naviguent encore à vue sur leur empreinte carbone réelle, faute de méthode ou de temps.
La méthode Bilan Carbone® de l’ADEME, accessible aux TPE/PME, permet de réaliser cet exercice sans mobiliser des ressources considérables. L’important : le faire, le documenter, et s’y tenir dans le temps.
Ce qui est évalué : existence d’un bilan carbone formalisé, périmètre couvert (Scope 1, 2 et idéalement 3), fréquence de mise à jour.
2. Réduction de l’empreinte carbone
Mesurer ne suffit pas. L’Impact Score évalue si l’entreprise a défini des objectifs de réduction et si elle les suit activement. Plan de mobilité, optimisation énergétique des locaux, réduction des déchets, décarbonation des achats et des déplacements professionnels.
Ces actions ne sont pas uniquement écologiques – elles sont économiques. Réduire sa consommation d’énergie, c’est réduire ses charges. Décarboner ses achats, c’est souvent travailler avec des fournisseurs locaux plus résilients. L’écologie et la rentabilité convergent plus souvent qu’on ne le croit.
Ce qui est évalué : existence d’un plan de réduction chiffré, objectifs annuels, actions engagées, suivi et ajustement dans le temps.
3. Biodiversité et utilisation des ressources naturelles
Souvent le parent pauvre des stratégies environnementales – trop focalisées sur le carbone. Pourtant, l’effondrement de la biodiversité représente un risque systémique aussi important que le changement climatique. Toutes les entreprises ont une dépendance à la nature : eau, matières premières, pollinisation, régulation des écosystèmes.
Ce qui est évalué : gestion des espaces verts, politique de réduction des intrants chimiques, impact de l’activité sur les écosystèmes locaux, utilisation responsable de l’eau et des matières premières, existence d’une politique biodiversité formalisée.
4. Économie locale et circulaire
L’économie circulaire, c’est rompre avec le modèle « produire, consommer, jeter » pour garder les ressources dans le circuit le plus longtemps possible. L’économie locale, c’est ancrer les flux économiques dans les territoires plutôt que de les diluer dans des chaînes d’approvisionnement mondialisées et opaques.
Ces deux approches se renforcent mutuellement. Un approvisionnement local réduit l’empreinte carbone des transports. Une logique circulaire réduit les coûts d’achat de matières premières. Et les deux renforcent la résilience du modèle économique face aux chocs externes.
Ce qui est évalué : part des achats locaux, taux de réemploi et de recyclage, démarche d’écoconception, existence de circuits courts.
Comment progresser sur ce pilier ?
L’Impact Score est gratuit, auto-déclaratif, et prend moins de 2 heures. Une fois votre score calculé, vous accédez à l’Impact Score Wiki : plus de 100 fiches pratiques pour progresser dimension par dimension.
Quelques leviers concrets pour améliorer votre Pilier 1 :
- Réaliser un bilan carbone si ce n’est pas encore fait (ADEME Bilan Carbone, prestataires certifiés)
- Formaliser une politique d’égalité professionnelle – même dans les TPE, c’est accessible et souvent révélateur
- Identifier 1 ou 2 publics fragiles que votre activité peut servir différemment – et adapter l’offre en conséquence
- Cartographier vos achats pour identifier les leviers d’approvisionnement local et circulaire
- Nouer 1 partenariat avec une structure d’insertion ou un ESAT pour ouvrir votre recrutement
Le lien avec la comptabilité : ce que ça change vraiment
Limiter ses impacts négatifs, c’est aussi limiter ses risques financiers.
Ne pas mesurer son empreinte carbone expose l’entreprise à des surprises réglementaires – notamment avec l’extension du SEQE-UE 2 en 2026 et le renforcement de la CSRD.
L’absence de suivi des écarts de rémunération crée des risques juridiques et réputationnels bien réels.
Enfin, l’absence de politique d’inclusion peut conduire à perdre des marchés publics de plus en plus exigeants sur les critères sociaux.
Ces risques ne sont pas abstraits. Ils ont une traduction financière directe – en provisions, en pertes de contrats, en coûts RH, en pénalités. Structurer sa démarche sur le Pilier 1, c’est donc protéger activement son modèle économique. C’est ce que nous regardons chez Sustaincial à chaque accompagnement : la dimension extra financière et la dimension financière ne sont pas deux sujets séparés. Elles sont les deux faces d’une même réalité.
Conclusion
Le premier pilier de l’Impact Score n’est pas le plus glamour. Pas de mission inspirante, pas de vision du futur. Juste une question honnête : que génère t’on comme impacts négatifs – et qu’est-ce qu’on fait pour les réduire ?
C’est précisément pour ça qu’il est fondamental. Une stratégie d’impact qui ne commence pas par là repose sur des fondations fragiles
.Dans le prochain article, on explore le deuxième pilier : le partage du pouvoir et de la valeur — peut-être le plus transformateur des trois. À lire sur sustaincial.fr



